Montréal, le 30 juin 2021

MÉMOIRE DU COLLECTIF EN ENVIRONNEMENT MERCIER-EST (CEM-E) CONCERNANT LE PROJET DU REM DE L’EST DE CDPQ INFRA

Le Collectif en environnement Mercier-Est (CEM-E) a suivi le dossier depuis les débuts en décembre 2020.  Dès le départ, le CEM-E avait accueilli favorablement l’idée d’investissements massifs pour implanter un transport collectif structurant pour l’Est de Montréal, mais , il avait indiqué clairement qu’un immense REM aérien défigurant un quartier densément habité comme Mercier-Est était totalement inacceptable.

Depuis ce temps, le CEM-E a rencontré un grand nombre d’intervenants dans ce dossier.  Pour n’en nommer que quelques-uns, mentionnons la CDPQ Infra elle-même, M. François Pepin de Trajectoire Québec, Mme Florence Juncas-Adenot de l’UQAM, M. Frédéric Lapointe, des élus de l’arrondissement et des députés.  Toutes ces rencontres, lectures et discussions internes  ont amené le CEM-E à  adopter une position vers la fin du mois d’avril dernier que vous trouverez en deuxième partie du document.  Le CEM-E réitère intégralement cette opposition ferme aujourd’hui.

Mais plus encore, le caractère biaisé du processus initié par CDPQ Infra dans ses « consultations publiques » ont renforcé cette position.  La façon éhontée utilisée par CDPQ Infra pour manipuler ces assemblées, en ne retenant que les questions complaisantes ou facilement réfutables ou même en modifiant profondément certaines questions posées par les citoyens est scandaleuse.  Même le registre des questions qu’il a mis en ligne suite à des commentaires publics est partiel, omettant des questions importantes.  Car nous avons vérifié.  Les membres du CEM-E et d’autres organismes ont posé plusieurs questions qui n’ont pas été sélectionnées lors des séances virtuelles et qui, non plus, n’ont pas été inscrites au registre.  Certaines ont pris un sens très éloigné de l’intention initiale. Lors de l’événement sur Mercier-Est et Montréal-Est, la quasi-totalité des citoyens de Mercier-Est ont exprimé leurs immenses craintes ou même leur opposition à tout REM aérien qu’il soit dans le corridor Sherbrooke ou Souligny. Curieusement, le compte-rendu final minimisait la portée de ces craintes et oppositions, cherchant plutôt les rarissimes modalités d’accommodement. Après avoir résumé de façon si partiale les débats, il était impossible pour les citoyens de conclure qu’ils avaient été entendus, écoutés, comme le prétend CDPQ Infra. Le but de ces consultations est évident : tenter de démontrer que CDPQ Infra a vraiment consulté les citoyens et qu’il tient compte de leurs suggestions

Le principal problème résidait dans la non-neutralité de la gérance de ces séances.  Cela ressemblait à une séance d’un promoteur de projet pour promouvoir celui-ci.  Cela constituait une vaste opération de relations publiques.

Néanmoins, sans doute par accident, certaines informations ont filtré.  La plus importante d’entre elles était que les études d’achalandage n’étaient pas complétées et qu’elles ne le seraient que dans la foulée de la publication de l’Étude d’impact environnemental, en amont des audiences publiques du BAPE prévues en 2022.  Cela signifie que le choix de la technologie a été fait sans l’apport d’études indispensables.  Cela discrédite l’exercice fondamentalement.

Le CEM-E mentionne dans sa position qu’une étude des autres formes d’infrastructures de transport collectif devaient être faites avant de penser faire un choix sur l’une d’entre elles.  Le CEM-E n’a pas changé d’opinion à ce sujet.

Le CEM-E indique que le REM va vampiriser le réseau de transport collectif public.  Il demeure également sur ses positions.

Le REM aérien a été l’élément catalyseur qui a amené le CEM-E à creuser ce dossier.  À cet effet, peut-être devrions-nous remercier CDPQ Infra.  Si le REM avait été souterrain, plusieurs autres aspects négatifs du REM de l’Est auraient sans doute été passés sous silence.  Ainsi, les éléments associés à la gouvernance du REM de l’Est, à savoir le bail de 99 ans renouvelable, la garantie de rendement, les clauses de non-concurrence, la possibilité de vendre le REM à des intérêts privés et aux mêmes conditions après cinq ans sont autant d’éléments inacceptables qui doivent être discutés sur la place publique.  Or, ces éléments n’obtiennent pas l’attention qu’ils méritent

Le CEM-E dénonce particulièrement l’omerta imposée autour du projet, les ententes signées avec les élus les empêchant de divulguer des informations essentielles pour la compréhension du projet et de ses conséquences.

Pour toutes ces raisons, le CEM-E réitère qu’il faut arrêter le projet et remettre entre les mains d’une instance neutre et redevable la réalisation des études permettant de faire le choix de la meilleure option technologique et que celle-ci soit discutée dans le cadre de consultations publiques.

Les investissements colossaux pour un projet structurant d’infrastructures de transport collectif doivent servir les citoyens de Montréal et contribuer à consolider leurs milieux de vie. Le projet sur la table fera le contraire, dévitalisant des kilomètres de quartiers traversés et impactant négativement des milliers et des milliers de citoyens.  Ce projet ne doit pas prioritairement servir d’instrument financier bénéficiant à CDPQ Infra.

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POSITION DU COLLECTIF EN ENVIRONNEMENT MERCIER-EST (CEM-E) CONCERNANT LE PROJET DU REM DE L’EST DE CDPQ INFRA

 L’Est de l’Île de Montréal est sous-équipé en infrastructures de transport collectif.  Le CEM-E est donc favorable à des investissements afin d’y implanter un mode de transport collectif structurant.  La proposition du Gouvernement du Québec et de CDPQ Infra est toutefois inacceptable pour les raisons suivantes :

Sur le REM aérien :

  1. Le REM aérien est inacceptable car il charcute les milieux de vie existants des citoyens et commerçants dont les bâtiments sont situés à proximité du tracé retenu pour cette infrastructure majeure et ce, dans des secteurs densément peuplés.
  2. Le REM aérien va créer une cicatrice urbaine et générer de multiples impacts négatifs majeurs (visuels, sonores, ombres projetées, sécurité des piétons et des usagers de la route, etc.) pour les quartiers traversés par une structure principalement aérienne, du centre-ville à l’extrémité est de l’île.
  3. Le REM est souterrain dans Rosemont, Saint-Léonard et Montréal-Nord, mais aérien dans Mercier-Est. Les résidents de notre quartier en concluent qu’ils sont traités comme des citoyens de deuxième classe.

Sur l’impact sur le réseau de transport collectif existant :

  1. À cause de sa proximité avec la Ligne Verte du Métro ainsi qu’avec le SRB Pie-IX dans l’axe nord-sud et sa localisation à la hauteur de la rue Sherbrooke dans l’est, le REM ne pourra que cannibaliser les services de transport collectif existants et il n’ajoutera que peu de service à la population des quartiers traversés du centre-ville à la limite de Mercier-Est.
  2. Le CEM-E dénonce l’obligation de non-concurrence et de rabattement vers le REM des réseaux de transport publics afin de maximiser l’achalandage du REM et lui assurer une plus grande rentabilité. Les autres circuits de transport collectif sont considérés comme des concurrents et non comme des partenaires.
  3. Il est probable que plusieurs circuits d’autobus express vers le centre-ville ainsi que la desserte locale de plusieurs secteurs traversés par le REM soient diminués dans Mercier-Est, principalement dans l’axe Est-Ouest.

Sur l’impact du REM en milieu urbain

  1. Le REM n’est pas conçu pour être implanté dans une zone urbaine. Il impose des contraintes énormes au niveau de l’aménagement.
  2. Des sommes importantes devront être engagées par les arrondissements/municipalités pour ajuster leurs aménagements urbains à la présence du REM.

Sur le rôle de CDPQ Infra dans le processus actuel et la mise à l’écart de l’ARTM

  1. CDPQ Infra est un organisme promoteur de la technologie du REM, c’est-à-dire un train léger automatisé (sans conducteur) sur rails en hauteur. CDPQ Infra n’est pas un intervenant neutre dans ce dossier.  Tout porte à croire que les autres options de transport collectif (tramway, trambus, etc.) n’ont pas été objectivement considérées, tant pour le choix de la technologie que du tracé ou des réels besoins de l’ensemble des usagers.
  2. Le projet du REM annoncé en décembre dernier a été conçu par CDPQ Infra sans implication des acteurs régionaux dans les domaines du transport et du développement urbain. CDPQ Infra demeure extrêmement réticent à toute modification de son projet.
  3. Tout porte à croire que les consultations de CDPQ Infra ne viseront que des éléments accessoires du projet du REM tel que présenté et ne permettront pas de remise en question sérieuse de la technologie associée au REM.
  4. L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) est l’organisme qui devrait planifier le développement du transport collectif. Or, celle-ci a été complètement écartée du processus d’élaboration du projet.

Sur les questions de gouvernance avec CDPQ Infra

  1. Plusieurs clauses de l’entente entre le gouvernement du Québec et CDPQ Infra pour le REM de l’Ouest (par exemple, rendements garantis de 8 % par année sur l’investissement de CDPQ Infra, bail de 99 ans renouvelable, droit de vendre à des intérêts privés après cinq ans) constituent un important risque financier pour le Gouvernement du Québec et les municipalités qui devront renflouer CDPQ Infra (ou d’éventuels investisseurs privés) en cas de rendements insuffisants. Le CEM-E craint qu’une entente similaire soit en vigueur pour le REM de l’Est. Cela risque de détourner vers le REM les subventions allouées aux autres sociétés de transport, dont la STM et risque donc ainsi d’entraîner une réduction de service.

Pour toutes ces raisons, le Collectif en environnement Mercier-Est (CEM-E) :

  • S’oppose au projet du REM tel que proposé et à toute structure aérienne dans Mercier-Est.
  • Demande que le tracé soit réévalué de façon à être complémentaire aux services de transport collectif existants et ainsi mieux desservir la population de Mercier-Est.

Le CEM-E demande au Gouvernement du Québec :

  • De mandater l’ARTM, en concertation avec la Communauté Métropolitaine de Montréal (CMM), pour réaliser une analyse des besoins en transport collectif dans l’est de Montréal, incluant une analyse coûts-bénéfices des solutions technologiques adaptées à ces besoins.
  • De surseoir immédiatement à tous les travaux associés au REM de l’Est, incluant sa conception, pendant la réalisation des études mentionnées ci-dessus.
  • De tenir une consultation publique auprès de la société civile (citoyens, organismes, entreprises, élus) sur les conclusions de cette analyse et l’examen des alternatives proposées.